N-D de Ben Va

Lorgues


Cette chapelle se trouve en bordure de la route D50 reliant Lorgues à Entrecasteaux. (à 2 km de Lorgues).

Qu'est-ce donc ?

Le voyage, tel est le thème qui imprègne cette chapelle. N-D de Ben Va, en provençal, de Bon Voyage en français, est une de ces petites chapelles destinées à la protection de tous les voyageurs comme on en trouve assez souvent sur le bord des routes provençales. De nos jours, elle surplombe l'actuelle route D50. Mais jadis, le chemin passait directement sous son porche, comme on peut le remarquer de part et d'autre de celui-ci. Sur les anciennes cartes, on la trouve sous le nom de N-D des Salettes (nom d'un hameau voisin).

Cet édifice date probablement du XVè s. (encore qu'il pourrait remonter au temps des Templiers, mais rien n'est sûr) et offre une architecture assez particulière car il est en partie enchâssé dans le tuf calcaire de la colline, la sacristie étant surélevée. Mais ce qui fait tout son attrait, ce sont les fresques médiévales qui tapissent ses murs.

On ne connait pas avec certitude la date, le commanditaire et l'artiste, mais on peut s'avancer à dire qu'elles ont été réalisées au tout début du XVIè s. par une personne peut-être italienne, en tout cas influencée par l'art alpin italien (détail des fresques). De plus, l'emploi de couleurs très variées pourrait faire penser que le commanditaire a investi ici une somme importante. Ces fresques sont cependant très endommagées. Il n'en reste que la moitié de visible. De multiples restaurations ont été effectuées au cours du XXè s pour leur redonner des couleurs et arrêter leur altération.

Le porche présente ses murs intérieurs couverts de haut en bas. Sur le pilier sud-est, on voit par exemple les représentations en pied de Saint Fiacre, Saint Maur (avec sa crosse d'évêque) et Saint Blaise (tenant le peigne à carder avec lequel il a été supplicié). Le pilier sud-ouest représente Saint Christophe (patron des voyageurs) ainsi que Marie, Joseph et le Christ enfant. On peut deviner sur la voûte constellée d'étoiles les représentations des quatre évangiles. Sur le portail, on reconnaît à gauche Saint Bernard des Alpes, et le tympan représente à gauche Saint Georges terrassant le dragon et à droite la scène de l'Annonciation.

L'intérieur est encore plus formidable. La voûte est divisée en deux parties : à droite, on trouve l'Enfer et les vices, et à gauche le Paradis et les vertus. Au-dessus de la porte, entre Enfer et Paradis, nous trouvons le Purgatoire représenté sous la forme d'une grande cage ouverte dans laquelle s'entassent les âmes en attente de transit. Le thème ici est encore le voyage. Le dernier, celui qui peut se terminer bien ou mal selon que notre vie a été exemplaire ou manifeste de fautes. La fresque représentant l'Enfer est très abîmée : les vices ne sont plus visibles, et seul le combat du Bien contre le Mal a été préservé. On y voit l'Archange Saint Michel terrassant le diable et pesant les âmes des défunts. A côté on aperçoit les démons se livrant à un combat contre les anges lors du Jugement Dernier, ainsi que d'autres démons qui entraînent les damnés vers la gueule du Léviathan. Cette scène n'est pas sans évoquer les célèbres peintures mystiques de Jérôme Bosch.
Face à l'Enfer, s'étale la fresque du Paradis, avec au centre le Christ et la Vierge Marie sur un trône. Près de la porte, la fresque commence par l'entrée des âmes accueillies par Saint Pierre dans la Jérusalem Céleste (remarquons les merlons fendus en V, typiques de l'architecture médiévale italienne). Puis, se masse la foule du monde temporel.
De l'autre côté du trône céleste nous découvrons le clergé représenté par le pape, des cardinaux, des évêques et des abbesses.
Sous ce Paradis, nous trouvons Saint Sébastien, Sainte Marthe (et la Tarasque) et Sainte Marie-Madeleine (avec sa longue chevelure et portant un vase de parfum). Puis sont représentées les sept vertus (la Force a en fait été remplacée par une niche).

Il n'existe de nos jours que peu d'édifices renfermant encore de tels chefs d'oeuvres de l'art médiéval en Provence. On peut tout de même citer la merveilleuse chapelle de N-D des Fontaines à La Brigue (haute vallée de la Roya, 06), celle dédiée à Saint Thomas d'Aquin à Thorame-Basse (04), la chapelle Saint Denis de Bagnols en Forêt...
Afin de protéger le site, le porche est fermé par d'imposantes grilles posées en 1988 par les Monuments Historiques.

On ne peut que féliciter le travail d’entretien et de mise en valeur entrepris depuis de nombreuses années par l'office du tourisme de Lorgues et l'association des Amis de Saint Ferréol. C'est à l'un de ces organismes qu'il faut s'adresser pour avoir le bonheur de visiter l'édifice. Sachez aussi que tous les jeudi d'été, l'office du tourisme ouvre l'édifice pour les curieux et les amoureux de beau patrimoine.

A côté

Le pays de Lorgues témoigne d'une occupation humaine qui non seulement remonte à très longtemps, mais surtout semble avoir été importante. Preuve s'il en est, Lorgues a été reconnue comme ville comtale puis royale et abrite une collégiale.

Dolmen de Pey Cervier : ce dolmen date de 2000-3000 ans avant J-C. Il trône au centre d'un grand tumulus circulaire (10 mètre de diamètre). Il se compose d'un couloir d'1,5 m qui s'ouvre sur une chambre carrée. Trois énormes pierres (deux piliers et une grosse dalle de chevet) sont toujours en place. Par contre, la table (dalle de recouvrement) a disparu. Pey Cervier signifie : Puy (hauteur, du latin podium), et Cervier (peut-être dérive-t-il du latin silva (forêt), ou de l'occitan cervi (cerf)) est un nom que l'on retrouve beaucoup en Catalogne et le sud de la France.
Pour atteindre ce site, le mieux est de partir du hameau de Saint Jaume, un peu au sud-ouest de Lorgues. Un itinéraire a été balisé (jaune) depuis le centre de ce hameau. On emprunte une route qui part plein nord sur 1 km vers le carrefour des Quatre Chemins. Puis on emprunte la piste à gauche, en longeant un vignoble. La piste s'enfonce rapidement dans la forêt et s'élève gentiment. Au bout de 1,5 km après le carrefour, on atteint le plateau (grand terre-plein où trône une citerne). Un large sentier part sur la gauche (direction sud-est), bordé de murets en pierres sèches. Il se rétrécie au bout de 500 mètres, puis un panneau informatif dispense aux marcheurs tout son savoir au sujet du dolmen qui se trouve pas très loin. On quitte alors le sentier principal pour un tout petit à gauche qui en 4-5 minutes amène à la sépulture mégalithique. Sur les cartes IGN, le site est marqué par la borne géodésique cotée 281.
Pour revenir à Saint Jaume, soit vous empruntez le chemin en sens inverse, soit vous poursuivez le sentier jaune au niveau du panneau du dolmen : il descend d'une manière très raide jusqu'aux villas jouxtant Saint Jaume, puis sinue entre celles-ci, mais l'absence de balisage risque de fourvoyer le marcheur non initié à l'orientation.

Chapelle Saint Jaume : ce petit édifice se trouve face au hameau du même nom, de l'autre côté de la route D562. Jaume est le provençal de Jacques. Cette chapelle édifiée au XIVè s., offre un large porche (reconstruit en 1974) qui laisse à supposer que jadis la route y passait dessous, comme à Ben Va. N'oublions pas qu'une variante du chemin de Compostelle passait par là.
L'intérieur totalement moderne est principalement dédié aux deux Jacques : le Majeur, frère de Jean le Baptiste est celui qui est vénéré à Compostelle. Jacques le Mineur était cousin-germain du Christ. Ses formes sont celles des édifices anciens, mais on voit qu'elle a été profondément restaurée et modernisé, ce qui dénature beaucoup le site.

Une autre chapelle, en ruines et dédiée à Saint Pierre, est en cours de restauration. Elle se trouve au sommet d'une éminence au sud-ouest du village. Même si elle offre un site propice au pique-nique, son architecture est plutôt étrange : une très large et courte nef à deux travées se prolonge par un coeur en abside. Le toit a disparu depuis longtemps. L'abside, les arches et une partie des murs ont été remontés, mais l'emploi exagéré du ciment en guise de mortier gâche totalement la restauration. Il manque ici la patine des siècles pour donner aux visiteurs la sensation de remonter le temps. Peut-être aurait-il mieux valu consolider la ruines et la laisser dans son état d'origine.
Au pied de la butte, côté occident, on notera la présence d'un four à chaux construit vers la moitié du XXè s. par un immigré italien, et qui n'a fonctionné qu'une année.

L'Ermitage Saint Ferréol coiffe une butte à l'est de Lorgues. Pour s'y rendre, il existe deux méthodes. La moins fatigante est de se rendre en voiture au quartier Saint Honorat et au niveau du petit rond-point prendre la petite route de la Corniche de Saint Ferréol qui s'élève dans la forêt et débouche sur le parking devant l'Ermitage. La deuxième méthode consiste à monter la butte à pied à partir de Saint Honorat en empruntant le chemin de croix. Celui-ci s'élève en ligne droite par un escalier aux larges marches ponctué de 14 oratoires. Son origine remonte à la deuxième moitié du XIXè s. lorsque la confrérie de Capucins installée à l'Ermitage décida de son tracé. La tradition veut que l'on fasse ce parcours pour guérir de la goutte.
Saint Ferréol vécut à Vienne au IVè s. de notre ère où il officiait en tant que tribun (magistrat auprès du peuple). Proche des chrétiens, il les aida à fuir les persécutions de l'Empereur Dioclétien. Reconnu à son tour comme chrétien, il refusa d'abjurer et fut décapité.
Le sommet de la butte est occupé dès l'Age du Fer (et sûrement avant) puisque l'on a retrouvé l'enceinte d'un oppidum du IVè s. avant notre ère. Durant les premiers siècles de la chrétienté, il est possible qu'un ermite se soit installé là-haut. De nos jours, ce que l'on appelle l'Ermitage se présente comme un imposant bâtiment affublé d'une excroissance sur son arrière train. Au Moyen-Age pourtant, il ne s'agissait vraisemblablement que d'un petit édifice cultuel. Durant le XVIè s., une deuxième chapelle fut construite et un culte de Saint Ferréol fut établi. On y venait en pèlerinage, pour soigner des maladies, se protéger du malheur,... Différentes confréries laïques et religieuses s'occupèrent du sanctuaire qui grandissait au fil des siècles. Le porche à 3 arches est rajouté en 1733. Cependant, les lois anticléricales de la fin du XIXè s. chassèrent les derniers religieux. Durant le XXè s., l'édifice servit occasionnellement de lieu de culte et commença à se dégrader.
A partir de 1972, l'association des Amis de Saint Ferréol et du Vieux Lorgues entreprend de sauver l'édifice d'une ruine programmée et lui redonne vie. A l'intérieur de la chapelle, on peut admirer une belle collection d'art sacré. Autour du site, et un peu partout sur les versants de la butte, on trouve des aires de pique-nique et des sentiers de balade.

Histoire de légende

Une légende s'attache à la construction de cette chapelle. Elle n'a rien d'original et diffère selon les sources quant aux protagonistes et au contexte, mais le thème général reste le même : le triomphe du Bien sur le Mal. Une des versions de cette légende relate l'enlèvement de la jeune fille d'un paysan par une terrible bête qui vivait dans les environs de Lorgues et aimait s'attaquer aux troupeaux et aux hommes. Le père, désireux plus que tout de retrouver son enfant, implora la Vierge Marie et lui fit voeu de gratitude si elle l'aidait dans sa tâche. Il se rendit dans le repère du monstre (un proche parent du dragon de Draguignan et de la Tarasque de Tarascon), le terrassa et retrouva sa fille vivante.
En signe de remerciement, il tint promesse et fit construire la chapelle au-dessus de l'antre de la bête et demanda à ce qu'elle soit décorée de scènes représentant la lutte du Bien contre le Mal. Il n'est pas rare de retrouver ce thème dans les légendes populaires. On peut y voir une allégorie opposant la chrétienté aux fléaux que sont au Moyen-Age les vices, l'hérésie et les épidémies.

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