Notions de toponymie

Cette page n’a pas pour but de donner un cours d’étymologie, loin de là, mais de donner envie au curieux de réfléchir sur l’origine des toponymes que nous rencontrons dans notre belle région. Pour réaliser ce petit document, je me suis principalement inspiré du magnifique « Essai sur la Toponymie de la Provence » de Charles Rostaing. Cet ouvrage pourrait rebuter le non initié, mais une seconde lecture permet de mieux le comprendre. J'ai aussi glané des informations à droite et à gauche (par ex. les ouvrages de A. Nouvel et de A. Dauzat) et tenté d'en comprendre la véracité à l'aide de cartes topographiques et d'en écarter les étymologies un peu trop fantaisistes (ou donnant trop souvent la part belle à la présence celte).

Je livre ici les principaux suffixes et racines qui forment la majorité des noms de lieux en Provence, illustrés de quelques exemples. La liste est loin d'être exhaustive, car cela remplirait des pages entières !
En revanche, si vous désirez connaître l’étymologie exacte d’un lieu bien précis, peut-être la trouverez-vous dans l’une des fiches descriptives des Merveilles.

D’une manière générale, les toponymes que nous connaissons de nos jours trouvent leurs origines dans la nuit des temps, à l’époque des peuples pré indo-européens (Ligures, alpins et méditerranéens divers), avant l’arrivée des celtes, des Grecs et des Romains. A côté de cela, nombre de toponymes nous viennent de l’Antiquité (Gaule romaine), comme en témoignent ces noms de domaines se terminant en -argues, -ac, -ans… Il en est de rares hérités d’incursions celtes, et d’autres beaucoup plus récents sont des christianisations datant du (Haut-) Moyen-Age (Saint-…) d’anciens noms pré indo-européens indigènes.


Les racines

AK- (pré indo-européen) : sommet. Comme dans Agay (Agathon au VIIIè s.).
* variante : AKW- que l’on retrouve dans Aiguines (Aquinas au XIè s.), Aiglun (akw-l-edunum), Eyguières (Aqueria au XIè s.).

AL- (pré indo-européen) : hauteur. Comme dans Alès, Allons.

AL-M-, ALB-, AB-, AUB- et ALP- (pré indo-européen) : montagne, promontoire (peut-être à valeur divine, sacrée). Comme dans Aups (Alpibus), Aubenas (Albenassion au XIè s.).

BAL- (pré indo-européen) : rocher à pic, escarpement. Comme dans Bauduen, la baume (grotte en occitan), le Beausset, le Bau Rouge.
* variantes : BL-, BAR-G- que l’on retrouve dans Blieux, Bargème, Barjols, les barris (remparts en occitan).

BEN- (pré indo-européen) : hauteur pointue (hérissée), pic, aiguille. Comme dans Bendor (Insola de Bendoroi au XIIè s.).
* variantes : BAN-, PEN-, PEL-, PON- que l’on retrouve dans Banon, Les Pennes, Pontevès.

BER- (pré indo-européen) : montagne bien définie géographiquement.
* variantes : BR-, BOR-, BER-G- et BER-S- que l’on retrouve dans Brandis, Bormes, Besse (Bersa au XIè s.), les Bessillon.

BES- (pré indo-européen) : hauteur (crête) rocheuse. Comme dans Buoux.
* variantes : BIS-

BREK- (pré indo-européen) : piton. Comme dans Brégançon, le Brec de Chambeyron.
* variante : BRIK- comme dans Briançon.

GR- (pré indo-européen) : zone caillouteuse. Comme dans gravière, La Crau, La Grave, Gratemoine.
* variantes : GAR-, GWAR- (transformé en VAR-) : eau. Comme dans la Garonne, le Var, le Gard...

KAR- (pré indo-européen) : rocher (imposant), hauteur rocheuse, dureté. Comme dans Carqueiranne, Carcès, Carnoules, une carraire.
* variantes : KOR-, KAL-, KAN-, KAR-N-, KAM-, KER-, KEN-, KAB- que l’on retrouve dans Cuers, Le Cannet, Callas, le Cap Camarat, le Canadel, le Cap Canaille, Cavaillon, Cavalaire, Cantal, les calanques…

KL- (pré indo-européen) : zone rocailleuse, empierrée. Comme dans le clapier, Esclapon.
* variantes : KL-APP-, KL-UKKU

KUK- (pré indo-européen) : colline arrondie. Comme dans le Cuguyon, Plan de Cuques.
* variante : KUG- que l’on retrouve dans les Cugulons.

MAR- (pré indo-européen) : pente rocheuse raide. * variantes : MAR-T-, MER-

SER- (pré indo-européen) : montagne allongée. Comme dans Séranon.
* variantes : SAR-, SUR-

TOR- (pré indo-européen) : hauteur allongée (et arrondie). Comme dans Le Thoronet, Tourtour, Thorenc.
* variante : TUR- (qui peut aussi désigner une source)

VEN- (pré indo-européen) : montagne qui domine une plaine (d’où la vue porte loin). Comme dans le Mont Ventoux, Ventabren.
* variantes : VIN- que l’on retrouve dans Vins.


Les suffixes

-OSC (pré indo-européen) : lieu (hauteur ?) vraisemblablement utilisé (cultures, troupeaux ?). Parfois gardé comme tel, comme dans Albiosc, Cagnosc. Parfois transformé en -OSQUE ou -ASQUE comme dans Manosque, Gréasque. Bien souvent, le préfixe accolé est le nom d’une personne, comme dans Artignosc (Artinus-oscu).

-ANICUM (latin) : petit domaine (champ). Transformé en -ARGUES (et -ERGUES) comme dans Meyrargues.

-ACUS (gallo-romain) : domaine (« qui appartient à … »). Transformé en -AC Le préfixe accolé est généralement le nom d’une personne comme dans Auriac (le domaine d’Aurius), mais il peut s’agir quelque fois d’un nom géographique (forêt,…).

-ARIA (latin) : lieu où abonde quelque chose (plantes, animaux,…). Transformé en -ERE, comme dans Blaquière (chênaie), Hyères (Aera).

-ANUM (latin) : désignant l’appartenance. Transformé en -AN ou -ONE, comme dans Seillans, Callian, Sérignan.

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